Gencives
Détartrage dentaire : tartre, polissage, fréquence
Le détartrage dentaire consiste à enlever le tartre, ce dépôt dur que beaucoup appellent le « calcaire » des dents, puis à polir les dents. On peut se brosser les dents tous les jours et avoir quand même besoin de faire détartrer les dents : ce guide explique pourquoi, comment se passe la séance et ce que disent les études sur sa fréquence. Il sert à vous informer ; il ne remplace pas un examen : chaque bouche est différente.
Plaque dentaire et tartre : quelle différence ?
La plaque dentaire est une couche molle et collante de bactéries qui se dépose sur les dents tout au long de la journée, surtout au bord de la gencive et entre les dents. Elle est souvent invisible, mais une brosse à dents bien utilisée l’enlève.
Le tartre est de la plaque qui n’a pas été enlevée et qui s’est durcie avec les minéraux de la salive. Il forme une croûte blanchâtre, jaune ou brune, souvent derrière les incisives du bas et sur la face des molaires du haut tournée vers la joue. Il peut aussi se former sous la gencive, où il est invisible.
Le « calcaire » sur les dents, c’est du tartre
Au Maroc, on dit souvent « calcaire » pour le tartre. L’image est juste : c’est un dépôt minéral dur, comme dans une bouilloire. Le problème est qu’il est rugueux et retient la plaque contre la gencive.
Pourquoi le tartre ne part pas à la brosse
Une fois durci, le tartre est accroché à la dent : ni la brosse, ni le fil, ni un bain de bouche ne peuvent le décoller. Les dentifrices dits « anti-tartre » peuvent freiner la formation de nouveau tartre au-dessus de la gencive, mais une revue de la littérature souligne qu’aucun bénéfice sur l’inflammation des gencives ou sur les caries n’a été démontré grâce à cet effet (van Loveren et Duckworth, 2013, PubMed). Gratter soi-même le tartre avec un objet pointu est déconseillé : on risque de blesser la gencive.
Gingivite et parodontite expliquées simplement
La gingivite est une inflammation de la gencive causée par la plaque : la gencive devient rouge, gonflée et saigne facilement. D’après le consensus international de 2017 sur la classification des maladies des gencives, c’est d’abord ce saignement qui définit la gingivite, et une gencive saine peut être retrouvée après traitement (Chapple et al., 2018, PubMed). La gingivite est donc réversible.
La parodontite va plus loin : l’inflammation détruit peu à peu ce qui tient la dent (l’attache de la gencive et l’os autour de la racine). Non traitée, elle détruit progressivement ce support (Jervøe-Storm et al., 2024, PubMed) ; à un stade avancé, des dents peuvent bouger. Même traitée et stabilisée, une personne qui a eu une parodontite garde un risque plus élevé de récidive et doit être suivie de près (Chapple et al., 2018, PubMed). Le tabac et le diabète sont reconnus comme des facteurs qui aggravent la parodontite (Jepsen et al., 2018, PubMed).
Le détartrage simple traite le tartre visible au-dessus de la gencive. En cas de parodontite, il faut un nettoyage plus profond sous la gencive (on parle de détartrage-surfaçage), souvent en plusieurs séances : c’est l’élément central du traitement non chirurgical (Jervøe-Storm et al., 2024, PubMed).
Comment se passe un détartrage dentaire ?
- L’examen : le praticien repère le tartre, les gencives qui saignent, les caries ou les obturations fragiles ; si besoin, il mesure la profondeur entre gencive et dent ou demande une radio.
- Le détartrage : le tartre est décollé dent par dent, en haut et en bas, devant et derrière, puis entre les dents.
- Le polissage : les surfaces sont lissées et les taches enlevées.
- Les conseils : on vous montre les zones où la plaque reste et la façon de les nettoyer.
Les ultrasons
Le détartrage des dents se fait le plus souvent avec un appareil à ultrasons : une fine pointe vibre très vite et fait éclater le tartre, pendant qu’un jet d’eau rince et refroidit. Des instruments à main (curettes) complètent si besoin. Une revue d’experts estime que les ultrasons et les poudres de polissage peu abrasives causent moins de douleur et d’inconfort que les seuls instruments à main (Bastendorf et al., 2020, PubMed). C’est un avis d’experts, pas un essai comparatif.
Le polissage des dents
Le polissage des dents vient après le détartrage. Il se fait avec une petite cupule en caoutchouc ou une brossette et une pâte, ou avec un jet d’air, d’eau et de poudre fine. Il enlève les colorations (thé, café, tabac) et rend la surface plus lisse, mais ce n’est pas un blanchiment.
Est-ce que le détartrage fait mal ? Sensibilité et saignements
Un détartrage simple est le plus souvent désagréable plutôt que douloureux : vibrations, eau froide, sensations vives sur les zones sensibles. Il est plus inconfortable avec beaucoup de tartre, une gencive très enflammée ou des racines découvertes. Dites-le si vous avez mal : le praticien peut adapter la puissance, faire des pauses ou proposer une anesthésie locale, surtout pour un nettoyage sous la gencive.
La sensibilité après la séance est fréquente, surtout au froid. Une revue systématique sur le nettoyage profond sous la gencive (traitement de la parodontite) a trouvé une sensibilité des racines chez environ la moitié des patients après le traitement ; elle augmente pendant une à trois semaines puis diminue (von Troil et al., 2002, PubMed). Ce résultat repose sur deux études seulement et concerne un traitement plus profond qu’un détartrage simple. Si la sensibilité dure ou gêne, parlez-en à votre dentiste.
Les saignements pendant la séance sont courants quand la gencive est enflammée, et elle peut encore saigner au brossage quelques jours. Ne cessez pas de vous brosser les dents : c’est l’élimination de la plaque qui permet à la gencive de guérir. Consultez si le saignement est abondant, s’il apparaît sans raison, ou s’il s’accompagne de fièvre, de gonflement ou de douleur forte.
À quelle fréquence faire détartrer les dents ?
On entend souvent « un détartrage tous les six mois ». Les preuves sont plus nuancées. Une revue Cochrane (revue systématique de référence) a comparé, chez des adultes sans parodontite sévère qui consultaient déjà régulièrement, un détartrage-polissage programmé tous les 6 ou 12 mois à l’absence de détartrage programmé (Lamont et al., 2018, PubMed) :
| Résultat sur 2 à 3 ans | Ce que montre la revue |
|---|---|
| Inflammation des gencives (gingivite) | peu ou pas de différence |
| Profondeur entre gencive et dent | peu ou pas de différence |
| Qualité de vie liée à la bouche | peu ou pas de différence |
| Quantité de tartre | un peu moins de tartre avec le détartrage programmé, un peu moins encore tous les 6 mois ; intérêt clinique incertain |
| Effets indésirables | non mesurés |
Ces résultats viennent de deux études seulement (1 711 adultes, au Royaume-Uni). Ils ne disent pas que le détartrage est inutile : un rythme fixe, le même pour tous, n’a pas montré de bénéfice net chez des personnes à faible risque. Quand il y a du tartre, une gingivite ou une parodontite, le nettoyage professionnel fait partie du traitement.
En pratique, la fréquence se décide selon votre risque : vitesse à laquelle le tartre se reforme, état des gencives, antécédent de parodontite, tabac, diabète, appareil dentaire. Certaines personnes ont besoin d’un détartrage plusieurs fois par an, d’autres moins. Le dentiste vous propose un rythme après examen et peut le modifier.
Détartrage et appareil dentaire
Un appareil fixe (les « bagues ») retient la plaque, et la gencive s’enflamme facilement autour des attaches. Selon les cours du D.U. d’orthodontie, on ne déplace pas de dents sur une gencive enflammée : forces de l’appareil et inflammation ensemble font perdre du support, de façon irréversible. Les gencives sont donc examinées avant de commencer, et l’entretien continue pendant et après le traitement. Chez une personne qui a eu une maladie des gencives, les cours demandent un suivi parodontal tous les deux mois pendant le traitement.
Une revue systématique a observé une augmentation temporaire de certaines bactéries sous la gencive après la pose d’un appareil fixe, avec un retour aux niveaux de départ quelques mois plus tard (Guo et al., 2017, PubMed) ; la plupart des 13 études incluses n’avaient pas de groupe de comparaison. Un détartrage peut être fait avant la pose, pendant le traitement et après la dépose. Le fil de contention collé derrière les dents du bas retient aussi plaque et tartre : il doit être contrôlé. Voir aussi la page appareil dentaire.
Idées reçues sur le détartrage
« Le détartrage abîme l’émail »
Le détartrage vise le tartre, pas l’émail. Il faut cependant être honnête : une étude en laboratoire, sur 120 surfaces dentaires, a montré que les ultrasons laissent des marques microscopiques, plus profondes sur un émail fissuré, une carie débutante ou une obturation en résine (Kim et al., 2018, PubMed). C’est pour cela que le praticien examine les dents avant, règle l’appareil et ne passe pas l’instrument plus que nécessaire. Ce risque ne justifie pas de garder du tartre, qui entretient l’inflammation des gencives.
« Le détartrage écarte les dents »
Le détartrage ne déplace pas les dents. Mais le tartre peut combler les espaces entre les dents et cacher une gencive qui a déjà reculé ; une fois enlevé, ces espaces deviennent visibles, et une gencive gonflée dégonfle en guérissant. On a l’impression que les dents se sont écartées, alors que l’espace était déjà là. Si une dent bouge vraiment, c’est un signe de perte de support à faire examiner.
Prévenir le tartre à la maison
- Brossez-vous les dents deux fois par jour, environ deux minutes, avec un dentifrice fluoré, en insistant sur le bord de la gencive.
- Nettoyez entre les dents chaque jour, avec du fil dentaire ou des brossettes interdentaires dont la taille vous est indiquée par le dentiste. Une revue Cochrane conclut que le fil ou les brossettes, en plus de la brosse à dents, peuvent réduire la gingivite ou la plaque plus que la brosse seule, et que les brossettes pourraient être plus efficaces que le fil (Worthington et al., 2019, PubMed) ; les preuves restent de faible certitude et les études étaient courtes.
- Ne vous arrêtez pas de brosser une gencive qui saigne : brossez-la doucement mais soigneusement.
- Si vous portez un appareil dentaire, suivez la méthode de brossage que l’équipe vous montre.
En pratique
- Le tartre (le « calcaire ») ne part pas à la brosse : seul un détartrage chez le dentiste l’enlève.
- Des gencives qui saignent sont un signe d’inflammation : continuez à vous brosser et faites-vous examiner.
- Signalez une sensibilité des dents, un diabète, le tabac ou un antécédent de maladie des gencives avant la séance.
- Après la séance, une sensibilité passagère est possible ; consultez si elle dure ou gêne.
- Demandez au dentiste un rythme de contrôle adapté à votre risque, plutôt qu’une règle fixe.
- Brossez-vous les dents deux fois par jour et nettoyez entre les dents chaque jour.
Questions fréquentes
Combien de temps dure un détartrage dentaire ?
Cela dépend de la quantité de tartre et de l’état des gencives : un détartrage simple se fait en général en une séance, un nettoyage profond sous la gencive peut en demander plusieurs.
Le détartrage rend-il les dents plus blanches ?
Il enlève le tartre et les taches de surface (thé, café, tabac), ce qui rend aux dents leur couleur naturelle, mais il ne modifie pas la teinte de la dent elle-même et ce n’est pas un blanchiment.
Peut-on faire un détartrage pendant la grossesse ?
Les gencives saignent souvent plus pendant la grossesse, et un examen des gencives est utile ; signalez votre grossesse au dentiste, qui décidera avec vous du moment et des soins adaptés, en lien avec votre médecin si besoin.
Faut-il un détartrage avant de poser un appareil dentaire ?
Les gencives doivent être saines avant de déplacer des dents : s’il y a du tartre ou une inflammation, ils sont traités d’abord, puis l’entretien continue pendant tout le traitement et après la dépose.