Chirurgie
Extraction dentaire : déroulement, après l’extraction et alvéolite
Une dent trop abîmée pour être soignée, une infection qui revient, une dent de lait qui ne tombe pas : l’extraction dentaire (« arracher une dent ») est un geste courant. Ce guide explique quand elle est nécessaire, comment elle se passe, quoi faire après l’extraction, ce qui est normal pendant la cicatrisation et quels signes doivent faire reconsulter, dont l’alvéolite. Il s’appuie sur les revues et recommandations publiées. Il sert à vous informer ; il ne remplace pas un examen. Pour les dents de sagesse, qui ont leurs particularités, voir le guide sur les dents de sagesse.
Quand faut-il arracher une dent ?
L’extraction est en général proposée quand la dent ne peut pas être gardée en bon état :
- une carie très profonde qui a détruit la dent jusque sous la gencive, ou une racine fendue ;
- une infection qui ne peut pas être traitée en gardant la dent (voir l'abcès dentaire) ;
- une dent très mobile à cause d’une maladie avancée des gencives (voir gingivite et parodontite) ;
- un manque de place, dans un traitement par appareil dentaire décidé à l’avance ;
- une dent de lait qui ne tombe pas et gêne la dent définitive.
Quand peut-on garder la dent ?
Une dent qui fait mal n’est pas forcément une dent à arracher. Le dentiste l’examine, souvent avec une radio, et vous explique les solutions :
- une carie, même grosse, se soigne souvent par une obturation (voir carie dentaire) ;
- une carie arrivée au nerf, ou un abcès au bout de la racine, peut souvent être traité par une dévitalisation (nettoyage et obturation des canaux) ;
- une dent fragilisée peut ensuite être protégée par une couronne dentaire.
Garder sa dent, quand c’est possible, évite d’avoir à la remplacer. Mais parfois l’extraction reste la solution la plus raisonnable : la décision se prend avec vous. Le coût dépend de la dent et de la solution choisie ; il est expliqué avant toute décision.
Avant l’extraction : ce qu’il faut dire au dentiste
Dites au dentiste toutes vos maladies et tous vos traitements, surtout si :
- vous prenez un traitement qui fluidifie le sang. Ne l’arrêtez jamais de vous-même : une revue Cochrane rappelle qu’il est de préférence poursuivi à la même dose, car le réduire ou l’arrêter augmente le risque de caillot dans les vaisseaux, et que des mesures prises sur la plaie peuvent permettre de le continuer (Engelen et al., 2018, PubMed). Le dentiste décide avec votre médecin ;
- vous avez un diabète : un diabète mal équilibré peut gêner la cicatrisation ;
- vous êtes enceinte, pensez l’être, ou allaitez ;
- vous recevez ou avez reçu un traitement pour les os (ostéoporose, certains cancers), ou une radiothérapie de la tête et du cou ;
- vous avez une maladie du cœur ou du sang, ou une allergie à un médicament.
Venez après avoir mangé normalement, sauf consigne contraire. Si vous fumez, c’est le moment d’arrêter ou de réduire (voir l’alvéolite plus bas).
Comment se passe l’extraction ?
- L’anesthésie locale : le dentiste endort la zone par une piqûre dans la gencive. Vous restez éveillé.
- Le geste : la dent est détachée de l’os puis retirée. Vous sentez en général une pression ; si vous avez mal, dites-le : l’anesthésie peut être complétée.
- Si l’extraction est plus difficile (dent très cassée, racines courbées) : le dentiste peut ouvrir un peu la gencive ou séparer les racines, puis poser quelques points de suture.
- La fin : une compresse est placée sur la plaie et vous recevez les consignes.
L’engourdissement dure en général quelques heures : ne mâchez pas de ce côté et évitez le chaud, car on peut se mordre la lèvre sans le sentir. Surveillez les enfants.
Un caillot de sang se forme ensuite dans le trou laissé par la dent. Il protège l’os et permet la cicatrisation : la plupart des consignes servent à le garder en place.
Après l’extraction : les consignes
Dans un essai chez 150 adultes en bonne santé, 86 % ont cicatrisé sans problème ; les complications étaient liées au non-respect des consignes, et l’antibiotique donné systématiquement n’a pas apporté de bénéfice notable (Gbotolorun et al., 2016, PubMed).
| Quand | Ce qu’il faut faire |
|---|---|
| Juste après | Mordez la compresse fermement le temps indiqué, sans la changer sans arrêt |
| Le premier jour | Ne crachez pas, ne rincez pas fort, ne touchez pas la plaie avec la langue, ne buvez pas à la paille |
| Le premier jour | Du froid sur la joue, par l’extérieur, par courtes périodes |
| Les premiers jours | Ne fumez pas ; évitez l’alcool et les gros efforts |
| Les premiers jours | Mangez mou, tiède ou froid, de l’autre côté ; évitez le très chaud, l’épicé, les graines et ce qui croque |
| Dès le soir | Brossez-vous les dents, doucement près de la plaie |
| La nuit | Dormez la tête un peu surélevée |
| À partir du lendemain | Si votre dentiste le conseille, rinçages doux à l’eau tiède salée |
Un essai chez 120 patients a observé moins d’alvéolites avec des rinçages à l’eau tiède salée commencés 24 heures après l’extraction (Osunde et al., 2013, PubMed) ; c’est une seule étude. Ne prenez que les médicaments conseillés par votre dentiste, votre médecin ou votre pharmacien.
Ce qui est normal après une extraction
- Un léger saignement ou une salive rosée les premières heures, parfois jusqu’au lendemain.
- Une douleur plus forte le premier jour, qui diminue ensuite jour après jour.
- Un gonflement de la gencive ou de la joue, plus marqué les 2 à 3 premiers jours, puis qui baisse.
- Une couche blanchâtre sur la plaie après quelques jours : c’est souvent le tissu de cicatrisation, pas du pus.
La gencive se referme en général en quelques semaines ; l’os se remodèle plusieurs mois. Une revue a mesuré, six mois après l’extraction, une perte de 29 à 63 % de la largeur de l’os et de 11 à 22 % de sa hauteur, surtout pendant les 3 à 6 premiers mois (Tan et al., 2012, PubMed).
L’alvéolite sèche : la complication à connaître
L’alvéolite sèche survient quand le caillot se forme mal ou se perd : l’os se retrouve à nu. Une revue Cochrane la décrit comme une douleur forte qui apparaît 2 à 3 jours après l’extraction, parfois avec une mauvaise haleine, dans un trou vide en partie ou en totalité (Daly et al., 2022, PubMed). Le signe typique : la douleur avait baissé, puis elle augmente à nouveau vers le 2e au 4e jour, peut gagner l’oreille, et se calme mal.
- Fréquence : de 1 à 5 % des extractions courantes, et plus de 30 % des dents de sagesse enlevées chirurgicalement, selon la même revue.
- Le tabac augmente le risque : dans une revue de 11 études, environ 13,2 % des fumeurs contre 3,8 % des non-fumeurs, soit un risque plus de trois fois plus élevé (Kuśnierek et al., 2022, PubMed).
- Les consignes comptent : une étude d’observation chez 201 patients a lié le non-respect des consignes à l’alvéolite (Alsaleh et al., 2018, PubMed).
- Autres facteurs décrits : extraction difficile, infection préalable (Taberner-Vallverdú et al., 2017, PubMed), contraception orale (Bienek et Filliben, 2016, PubMed).
L’alvéolite n’est pas dangereuse, mais elle fait très mal et ne se soigne pas à la maison : rappelez votre dentiste, qui nettoie doucement la plaie et peut y placer un pansement.
Signes d’alerte : quand reconsulter ?
Appelez votre dentiste rapidement en cas de :
- saignement qui ne s’arrête pas malgré une pression ferme d’une demi-heure sur une compresse propre ;
- douleur qui augmente au lieu de diminuer, surtout à partir du 2e ou 3e jour ;
- gonflement qui augmente après le 3e jour, pus ou mauvais goût persistant ;
- fièvre ;
- lèvre ou menton encore engourdis le lendemain.
Allez aux urgences sans attendre en cas de difficulté à respirer ou à avaler, de gonflement qui s’étend vite vers l’œil ou le cou, ou de saignement abondant qui ne cède pas, surtout si vous prenez un traitement qui fluidifie le sang.
Remplacer la dent après l’extraction
Une dent de devant se remplace presque toujours. Pour une dent du fond, l’espace vide peut, avec le temps, faire bouger les dents voisines et celle d’en face. Les solutions sont expliquées dans les guides sur l'implant dentaire et la prothèse dentaire. Comme l’os change surtout dans les premiers mois, parlez du remplacement avant ou peu après l’extraction.
L’extraction d’une dent de lait
Une dent de lait qui bouge beaucoup tombe en général toute seule : ne la forcez pas. Le dentiste l’enlève quand elle est très cariée, infectée, cassée, ou quand elle ne tombe pas alors que la dent définitive sort déjà. Le geste se fait sous anesthésie locale ; ensuite, veillez à ce que l’enfant ne se morde pas la lèvre engourdie. Si une molaire de lait est enlevée tôt, le dentiste peut proposer un petit appareil qui garde la place. Pour les enfants très anxieux, voir les soins dentaires sous anesthésie générale.
Prendre rendez-vous
Les consultations ont lieu à Rabat, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h et le samedi de 9 h à 14 h ; l’adresse est communiquée à la prise de rendez-vous. Le plus simple est d’écrire sur WhatsApp en indiquant la dent concernée, depuis quand elle vous gêne et vos traitements en cours. Voir la page rendez-vous. En cas de signe d’urgence, ou en dehors de ces horaires, allez directement aux urgences.
Questions fréquentes
L’extraction dentaire fait-elle mal, et combien de temps dure la douleur ?
Le geste se fait sous anesthésie locale, que le dentiste peut compléter si vous avez mal ; après, la douleur est surtout présente les premiers jours et diminue jour après jour ; si elle augmente à nouveau vers le 2e au 4e jour, pensez à une alvéolite et rappelez le dentiste.
Combien de temps faut-il pour cicatriser après une extraction ?
La gencive se referme en général en quelques semaines, et l’os continue de se remodeler pendant plusieurs mois ; une extraction difficile demande plus de temps.
Comment arrêter le saignement après une extraction dentaire ?
Mordez fermement une compresse propre, ou un mouchoir propre roulé, pendant une demi-heure sans regarder sans arrêt, restez assis la tête surélevée et ne crachez pas ; si le saignement reste abondant, appelez le dentiste ou allez aux urgences.
Que manger après une extraction dentaire, et quand ?
Attendez que l’engourdissement soit passé ; puis, les premiers jours, mangez mou, tiède ou froid (yaourts, purées, soupes tièdes, œufs) de l’autre côté, sans très chaud, épicé, graines ni aliments qui croquent, avant de reprendre peu à peu une alimentation normale.
Peut-on fumer après une extraction dentaire ?
Il vaut mieux ne pas fumer, au moins les premiers jours : le tabac multiplie environ par trois le risque d’alvéolite sèche ; c’est aussi une bonne occasion d’arrêter, avec l’aide de votre médecin.
Gonflement de la joue après une extraction : est-ce normal ?
Oui, un gonflement modéré est fréquent, surtout les 2 à 3 premiers jours, puis il diminue ; s’il augmente après le 3e jour, ou s’accompagne de fièvre, de pus ou d’une difficulté à avaler, consultez rapidement.
Quel bain de bouche utiliser après une extraction ?
Aucun n’est obligatoire : le premier jour, il ne faut pas rincer fort ; ensuite, votre dentiste vous dit si un bain de bouche est utile dans votre cas, ou vous conseille des rinçages doux à l’eau tiède salée.
Peut-on arracher une dent pendant la grossesse ?
Oui : les recommandations publiées s’accordent pour dire que les extractions et les soins d’urgence peuvent être faits à tout moment de la grossesse (Bao et al., 2022, PubMed) ; dites au dentiste que vous êtes enceinte, il prend les précautions adaptées et choisit avec vous les médicaments éventuels.
Peut-on arracher une dent avec un diabète ou sous anticoagulant ?
Oui, dans la grande majorité des cas, avec des précautions : prévenez le dentiste, n’arrêtez jamais votre traitement de vous-même, et le dentiste décide avec votre médecin.
Peut-on arracher une dent soi-même à la maison ?
Non : une dent d’adulte arrachée sans anesthésie ni instruments adaptés peut casser, laisser une racine, saigner beaucoup ou s’infecter ; seule une dent de lait qui bouge déjà beaucoup peut tomber toute seule.